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Répondre aux sceptiques de l'action climatique

Argumenter contre le scepticisme de l'action climatique

J'ai décidé, il y a plusieurs années maintenant, de devenir plus écologique. Pour moi, l'idée est simple, mais sa concrétisation est souvent compliquée. Je dois réfléchir, comparer des solutions, les expérimenter... Je m'amuse souvent, mais pas toujours, en poursuivant cet objectif. Il m'arrive de parler de mon engagement autour de moi, de faire un peu de pub pour que des personnes nouvelles viennent voir mon blog. Et les réactions ne sont pas toujours faciles à appréhender.

Je vous l'ai dit déjà, je ne crois pas qu'il soit possible de convaincre les autres de la nécessité d'agir au quotidien pour le climat. Chacun fait son chemin. Je respecte le déni, puisque je l'ai moi-même vécu.

En revanche, lorsque quelqu'un dénigre mon action ("ce que tu fais, ça ne sert pas à grand chose..."), je me sens le droit de répondre. J'explique simplement ma position, sans chercher à convaincre mon interlocuteur d'agir à son tour.

Voici les quatre principaux arguments des sceptiques de l'action climatique personnelle, auxquels j'ai eu souvent à répondre.

"Nos émissions individuelles sont trop faibles pour avoir de l'impact"

C'est l'argument le plus courant, et sans doute le plus répandu. C'est un argument que je comprends bien, car je me suis longtemps posé cette même question.

Les entreprises ont une responsabilité bien plus grande que nous. Elles polluent en produisant, et nous influencent au quotidien pour vendre tout ce qu'elles produisent. Elles mettent des moyens considérables en lobbying pour maintenir leur droit de produire en polluant. Ce système (légal) freine l'adoption de législations qui protègeraient notre intérêt collectif.

Des élus aussi sont responsables. Ils sont peu nombreux à être convaincus de la nécessité du changement, alors que ce sont eux qui ont le pouvoir de changer les lois.

Tout cela est disproportionné par rapport à mon action individuelle, j'en suis bien consciente.

Mais voici pourquoi je tiens à ma posture écologique. Si, en montrant l'exemple, je permets à mon entourage de réfléchir sur mes pratiques, et, pourquoi pas, d'en adopter certaines, je détiens un pouvoir de diffusion de mes idées et de mes actes. C'est une entreprise de fourmi, certes, mais une noble entreprise. Nous sommes déjà nombreux à agir, et nos actions font tâche d'huile. Lorsque l'ensemble de ces engagements écologiques seront devenus visibles, élus et dirigeants d'entreprises les traduiront en termes d'opinion publique (importante pour les élus) et d'évolution du marché (déterminante pour les entreprises).

Donc, mes actes comptent. La baisse de mes émissions a un effet direct très faible, mais un effet indirect déterminant.

"On n'y arrivera jamais, c'est déjà foutu"

C'est l'expression des découragés. Elle courre et se répand, actuellement, alors que le découragement est un obstacle de taille à l'action.

Il n'est pas encore trop tard pour agir. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le GIEC. Nous pouvons toujours faire les changements nécessaires pour que le monde reste vivable. Pour les scientifiques, chaque mois d'action compte. Mais cette exhortation ne signifie pas qu'il est déjà trop tard. L'inertie politique et, plus largement, sociale, ne va pas encore de pair avec un basculement dans l'irrémédiable. C'est un avertissement contre le pire.

En réalité, plus nous agirons tardivement, et plus les dégâts seront importants. Nous l'avons déjà entamée, l'ère des dégâts, avec les catastrophes qui se multiplient. Le programme peut s'aggraver. Sauf si nous réagissons dans le bon sens dès aujourd'hui.

Personnellement, je suis bien placée pour témoigner du fait que la descente carbone est possible dans les foyers. Elle ne suffira pas pour parvenir à 2500 tonnes d'équivalent CO2 en 2050 : les pouvoirs publics et les entreprises devront faire leur part. Tous les acteurs doivent changer pour que les dommages écologiques ne rendent pas le monde inhabitable, ni même infernal.

Quand j'entends que nous ne parviendrons jamais à nous adapter aux changements qui seraient nécessaires, j'ai mon opinion. Ceux qui pensent ainsi n'ont pas encore vraiment saisi l'enjeu, ni ce qu'impliquent des dérèglements extrêmes pour les générations à venir. Ils n'ont pas pris réellement conscience de notre responsabilité de préservation de la biosphère. Mais je ne leur dis pas frontalement. Ce que je dis, c'est que l'exemple est le meilleur chemin pour entraîner les pessimistes. L'exemple des élus courageux, l'exemple des militants engagés, mais aussi celui de leurs proches qui décident de changer.

Je ne doute pas que l'idée fera son chemin.

"Tu ne comptes pas revenir à l'âge de la bougie, si ?"

J'ai décidé de ne plus prendre l'avion. Je n'ai pas, pour autant, abattu à la hache mon compteur électrique, tout en sortant les bougies du placard. Je suis mobile et connectée. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir une vie plus légère qu'avant. Tout est question de mesure.

Derrière cet argument, il y a aussi la crainte d'un changement économique qui aurait des répercutions négatives sur l'emploi. Je comprends bien cette crainte : avec ma formation d'économiste, je sais que l'activité économique crée l'emploi.

Mais l'activité créatrice d'emploi n'est pas exclusivement portée sur la création de produits neufs, fabriqués à partir de matières premières fraîchement sorties des mines ou des forêts, avec beaucoup d'énergie fossile. Il existe d'autres types d'activités, toutes aussi créatrices d'emploi, qui n'ont pas pour conséquence de plonger la nature dans le plus profond marasme écologique. Par exemple, les soins (hôpitaux, personnes âgées, éducation, ...), le recyclage, l'artisanat local, l'agriculture maraichère, l'entretien des espaces naturels, le développement des énergies renouvelables, les loisirs, l'animation, la musique et la danse, etc. etc.

De mon point de vue, la société devrait permettre aux citoyens qui le souhaitent de faire un pas de côté, pour libérer leur créativité, et leur désir de se créer un emploi léger, pour eux-mêmes comme pour la planète. Illusoire ? C'est un choix de société. La crise de la Covid nous a démontré que l'argent est avant tout un compromis social, puisque la relance est faite grâce à la création monétaire. C'est le moment d'en profiter pour révolutionner l'emploi.

Dangereux pour le système ? Organisons-nous ! Nous pourrions accompagner la transformation du marché du travail en offrant à chacun un droit de transition professionnelle de 5 ans, par exemple. Pris en charge par la collectivité, sur la base de projets utiles. J'imagine une Agence de la Créativité au service de la Collectivité, pour accompagner ces nouveaux projets professionnels. Supprimer des emplois au bénéfice de projets utiles.

Utopique ? Mais n'aurions-nous pas un droit à l'utopie pour lutter contre le désastre environnemental ?

"Inutile d'anticiper : la technologie nous sauvera"

Sur ce sujet, j'ai lu avec curiosité (et un certain agacement) le bouquin de Bill Gates : Climat, comment éviter un désastre (2020). Compte tenu de l'ampleur du problème climatique à résoudre, je suis ouverte à tout, y compris à l'avis de multimilliardaires des GAFAM, ça vous donne une petite idée de mon désarroi... Mais en l'occurrence, l'auteur est un personnage dont le point de vue pro-technologie a été éprouvé, puisque sa réussite repose sur le développement en flèche de la micro-informatique.

Sans surprise, pour Bill Gates, la technologie est en bonne voie pour nous sauver d'un désastre climatique. Mais il nuance, au vu de la course contre la montre dans laquelle le monde est engagé. Pour lui, ça ne se fera pas sans changements, qu'ils soient collectifs ou individuels. Nous sommes donc d'accord, lui et moi, sur une chose essentielle : autant revoir dès aujourd'hui nos façons de consommer, de nous alimenter, de nous chauffer ou de nous rafraichir, et de nous déplacer.

Pour moi, la promesse médiatique d'un avion zéro carbone pour 2035, c'est du pipeau. La fusion nucléaire fait d'incontestables progrès, mais elle ne remplacera pas dès demain toutes les énergies.

Quant aux progrès de l'efficacité énergétique (par exemple : les frigos qui consomment de moins en moins d'électricité, les voitures de moins en moins d'essence, etc.), ils sont tout à fait importants dans une stratégie de réduction de nos émissions carbone. Sauf si on profite des économies réalisées pour consommer davantage. Cet "effet rebond" (aussi connu sous le terme "Loi de Jevons") est encore systématique. Il le restera, à mon avis, tant que le pouvoir d'achat des catégories moyennes ou supérieures continuera de progresser.

Bref, croire en la technologie, c'est possible. Elle n'a cessé de progresser, et nous pouvons escompter des progrès pour nous aider à atteindre nos objectifs de neutralité carbone d'ici 2050. Mais soyons clair : ce ne sera pas suffisant.

Compter sur ma propre responsabilité dans les changements que je peux réaliser à mon échelle reste, et restera, mon credo.

Les cartes des 12 discours de l'inaction climatique

Les cartes des 12 discours de l'inaction climatique, proposées sur le site Bon Pote, font un examen plus complet de la panoplie des arguments des sceptiques de l'action climatique. Je vous encourage vivement, si le sujet vous intéresse, à aller voir ce site (brillant), et ces cartes.