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Mon histoire avec l'écologie

J’ai grandi dans une famille où l’écologie n’était pas un sujet. Nous allions faire nos courses quasi-quotidiennement chez « Papa-Carrefour », et nous étions fascinés, enfants et parents, par cette caverne d’Alibaba qui avait ouvert récemment sur notre commune. A cette époque, les animations commerciales ne manquaient pas, et nous ne les manquions jamais. Je me souviens en particulier d’un King Kong grandeur nature sur le parking du grand magasin, et nous pouvions embarquer dans sa main pour aller faire un tour dans le ciel ! En face du grand magasin, un self où nous allions parfois en famille, avec un choix invraisemblable de mets et de plats divers et colorés.

Je faisais alors l’apprentissage de l’abondance.

Nous pouvons compter sur notre économie pour vivre bien

Fille d’économiste, j’ai entrepris des études d’économie.

J’ai appris beaucoup de choses, parmi lesquelles une chose essentielle : la croissance économique a permis à tous les habitants des pays développés de bénéficier d’un mode de vie agréable : nous mangeons à notre faim, vivons dans des logements chauffés, pouvons acheter des équipements et des produits qui nous facilitent la vie, nous allons tous et toutes à l’école, et nous trouvons à peu près toutes et tous un emploi, dont le revenu nous permet de vivre comme il faut.

Il y a bien quelques couacs dans le système, mais c’est à la marge, et nous pouvons compter sur notre économie pour vivre bien.

Dans mes études, j’ai également appris qu’un groupe de chercheurs américains avait trouvé, en 1972, des limites écologiques à la croissance.

Ils ont prédit qu’en poursuivant la logique de notre système économique, la nature pourrait être durement et durablement abimée, et que les écosystèmes naturels pourraient se déséquilibrer jusqu’à menacer notre agréable mode de vie ; et éventuellement menacer la vie, selon que nous serions capables, ou non, de réagir et de changer notre système économique, et donc notre mode de vie.

Ça ma interpellée. Et puis j’ai oublié.

Ma fée Clochette écologique

En 1990, j’ai eu mon premier enfant. En 1992, mon second enfant. En 1998, mon troisième enfant. Et en 1999, mon quatrième enfant.

Ma maternité, et tout ce qui a concerné l’éducation de mes enfants, a été un engagement très heureux dans ma vie. Je me suis efforcée de leur apprendre à devenir autonomes, à vivre leurs passions, à jouer dehors (nous habitions en montagne et la forêt était un véritable terrain de jeux pour eux), à travailler pour progresser, à être solidaires, polis avec leur entourage, bref : tout ce qui m’apparaissait nécessaire pour qu’ils réussissent dans la vie.

Mais j’ai oublié l’écologie. Même si je suivais alors l’actualité (Conférence de Rio en 1992, Accords de Kyoto en 1997, discours de Jacque Chirac au Sommet de la Terre en 2002 :  Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ), je n’ai pas réagi.

A aucun moment, je ne me suis inquiétée de donner à mes enfants une éducation écologique. Pendant très longtemps.

Le déclic a eu lieu en 2006.

En 2006, nous sommes partis en famille en Tunisie : à Nabeul. Des achats importants (maison, etc.) limitaient notre budget vacances, et plutôt que de louer une voiture, nous avons découvert les transports locaux. Notamment le louage : pour aller visiter une ville, nous pouvions monter dans une voiture qui s’y rendait, et qui partait une fois pleine, conduite par son propriétaire, qui gagnait ainsi un revenu.

Le covoiturage avait alors fait une timide apparition en France. J’ai tout de suite compris qu’en Tunisie, parce que les possesseurs de voitures étaient peu nombreux, la solution pour transporter tout le monde a un prix modique était de remplir les voitures.

En France, nous ne manquions pas de voitures, mais il me vint l'idée que nous pourrions imiter les Tunisiens pour des raisons écologiques.

Mon projet, que j’avais appelé Comobile Vercors , faillit être financé. Déception.

Mais une fée Clochette écologique était entrée en moi, et je l’ai adoptée.

Elle vit depuis sur mon épaule, et me souffle à l’oreille toutes les occasions possibles de faire attention à la planète. C’est avec elle que je me suis mise à regretter de n’avoir pas parlé d’écologie à mes enfants...

2015 fut une année noire : les attentats à Paris, la guerre en Syrie, la crise des migrants, la COP21.

COP21 ? J’ai suivi tous les débats. C’est à leur suite que s’est invité en moi un sentiment d’urgence qui ne m’a pas quittée de sitôt, et que j'ai raconté dans La petite histoire de mon choc climatique. Cette écoanxiété, il m’a fallu apprendre à la gérer. Ma fée écologique s’était mise à taper du pied sur mon épaule, et ça me faisait mal.

L’urgence, d’abord, a été de passer à l’action. J’ai commencé à chercher et à mettre en œuvre tous les écogestes que je pouvais réaliser à mon échelle. J’en ai fait un blog : jefaismatransition.com , avec 365 écogestes expérimentés, publiés au rythme d’un par jour.

C’est avec ce blog que je me suis aperçue d’une chose importante : en pensant écologie chaque jour, j’ai commencé à voir les choses autrement. A trouver anormal que le système économique produise autant de déchets sans s’en soucier, par exemple. Ou à comprendre que la croissance allait forcément de pair avec une croissance de la consommation d’énergie, essentiellement pétrolière, alors que le pétrole est responsable des dérèglements climatiques.

J’ai commencé à assimiler le fait que le système économique n’est pas si bénéfique que ça. Mais j'ai également compris que, même si notre système économique devait être remis en question, nous ne le lâcherions pas comme ça.

Nos modes de vie en sont bien trop dépendants, et aujourd’hui plus encore que dans les années 80, quand je faisais des études d’économie.

Au secours !!!!!!!

A partir de là, je me suis donnée pour mission de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour lutter contre cette course économique délirante.

Déjà, en la boutant hors de ma vie, autant que possible.

Et je me suis aperçue que ce n’est pas du tout facile. Nouveau choc.

Car il ne suffit pas d’expérimenter des écogestes, il s’agit bien de les adopter définitivement, si nous voulons changer le cours des choses.

Et alors, c’est la fin des haricots : fini la mode, plus d’achats compulsifs, finies les vacances dans des continents lointains, plus de balades solo en voiture ici et là, finie la clim ou le chauffage à 25° dans la salle de bain, plus de bain non plus d’ailleurs, finie la lessive qui sent ostensiblement bon, et l’adoucissant, et les flacons de produit Mr Muscle, plus de gel douche (aïe !), de cosmétiques de ma marque préf (aïe aïe!!), ni même de déodorant (aïe aïe aïe !!!), plus de fast food, de pizza surgelée ou de gratins Marie, plus de côte de bœuf, plus de barbecue, plus de …, plus de …

Au secours !!!!!!!

Mon équilibre de vie écologique

Nous y voilà.

Aujourd’hui, avec une collection importante d’expériences écologiques, j’ai compris que les injonctions techniques (= écogestes), les fokon yaca (= médias et cafés du commerce), les remises en cause dévastatrices (= moi et ma détermination de taureau face au drapeau rouge) ne pouvaient nous mener nulle part.

Dans la vie, il faut du bonheur et des plaisirs.

Dans la vie, il faut de l’équilibre.

Dans la vie, il faut de la confiance.

Est-ce à dire que j’ai abandonné l’écologie ?

Non, non.

J’ai pris mon temps. Je me suis posée.

J’ai étudié quelles sont mes valeurs. Les négociables et les non négociables.

J’ai cherché à me connaître, et à me reconnaître.

J’ai fourragé partout dans ma vie, à la recherche de plaisirs simples.

J’ai fait le tri entre l’important et le pas important.

Tout ceci m’a pris quelques années. Le temps que je comprenne ce que je pouvais faire de bien et de durable.

Vive la vie !

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai trouvé mon équilibre de vie écologique.

Je n’ai pas le mode de vie de tout le monde.

J’ai un mode de vie à moi. Il est en dehors de toute influence publicitaire et commerciale.

Il me rend originale, mais pas seule, au contraire. J’ai plein d’ami.e.s.

Je fais un tas de choses, je me sens libre.

Je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre.

J’ai des passions qui ne me coûtent rien.

Et je progresse.

Vive l’écologie, qui m’a appris à me connaître, et à me trouver !

Vive l’espoir, qui me fait dire que si chacun trouve son chemin écologique, l’avenir sera meilleur !

Et vive la vie !