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Les 6 stades du changement comportemental, appliqués à l'écologie

Dans la catégorie « 106 façons d’évoluer avec plaisir », je partage avec vous les réflexions qui ont boosté ma motivation écologique.

Les 6 stades du changement comportemental

Prochaska et Di Clemente sont deux psychologues qui se sont intéressés, dans les années 70, aux différentes étapes du changement chez les patients victimes d'addictions diverses. Leur idée était d'aider les thérapeutes à adapter leur discours en fonction de l'étape de leur patient par rapport à leur conduite addictive.

Ce modèle (qui reste un modèle) est intéressant, de mon point de vue, car il suppose que le changement n'est pas qu'une question de motivation. Il dépend aussi de l'attitude par rapport à la nécessité du changement.

Autrement dit, mieux je comprends l'enjeu du changement, plus je suis en mesure d'avancer. Et cette progression passe par des stades qui se succèdent dans un ordre particulier.

Bien sûr, le sujet de cette théorie est éloigné de l'écologie. Mais il est question de motivation et de changement, ce qui a fait tilt dans mon esprit.

Parlons un peu de ce modèle, avant de voir comment il peut être utile pour parler d'écologie.

Le modèle transthéorique du changement

Prochaska et Di Clemente ont décrit leur modèle en 1984. Leur objectif est thérapeutique : le modèle décrit différents stades du changement, et quelle peut être la proposition du thérapeute en fonction du stade de son patient, pour l'accompagner au mieux.

Dans un processus de transformation, l'attitude vis-à-vis du changement détermine le degré de motivation, et la capacité à changer. Il est inutile d'attendre un changement positif d'une personne qui n'y est pas prête.

Les auteurs classent l'attitude par rapport au changement en différents stades : la précontemplation, la contemplation, la décision, l'action, le maintien, et, éventuellement, la rechute.

Regardons ça en détail.

Stade 1 : la précontemplation

La précontemplation

Au stade de précontemplation, la personne n'a pas conscience qu'il puisse y avoir un problème. Elle a connaissance d'une situation problématique possible, mais elle ne se sent pas concernée personnellement.

Elle peut être très surprise d'entendre un discours qui met en cause son comportement, et peut réagir comme si elle était agressée : en fuyant, ou en attaquant.

Pour le thérapeute, c'est le stade où il faut faire naître le doute chez son patient.

Stade 2 : la contemplation

La contemplation

A ce stade, la personne est ambivalente. Elle peut être inquiète, et se rassurer l'instant d'après, en trouvant des arguments qui l'écartent d'un éventuel problème.

Cette hésitation nait de la difficulté à renoncer aux bénéfices de la situation actuelle.

C'est une période de fragilité, il faut en tenir compte.

Le thérapeute peut alors créer une "balance décisionnelle" : parler des avantages et des inconvénients à réagir. Avec une priorité pour les avantages, donnant plus de chance à la personne de se projeter du côté positif de la balance.

Stade 3 : la décision

La décision

A ce stade, la personne est déterminée.

Elle a entendu le problème, et compris quels avantages elle pouvait tirer d'un changement de comportement.

C'est également un stade durant lequel la personne reste fragile. Il est tout à fait possible qu'elle change d'avis.

Pour le thérapeute, c'est le moment de proposer un plan d'action, qui permettra à la personne de visualiser le changement.

La visualisation du changement le rend plus accessible.

Stade 4 : l'action

L'action

Ce n'est qu'à ce stade que le changement devient effectif.

Tous les stades précédents sont des stades préparatoires, pourtant essentiels au changement.

Durant cette période d'action, la personne a besoin d'accompagnement, pour expérimenter le changement.

L'accompagnement doit être progressif, pour tenir compte de l'instabilité dans laquelle le changement peut plonger la personne. Et ainsi, tenter d'éviter une rechute, qui reste envisageable à ce stade, malgré la détermination et l'expérimentation.

Stade 5 et 6 : le maintien et la résolution, ou alors une rechute

Le maintien

Le maintien, c'est le stade de la résistance.

La personne met des choses en place pour résister à la tentation de revenir à ses anciennes pratiques.

Le thérapeute doit alors mettre en lumière les signes de rechute, et proposer des stratégies de prévention.

La résolution

Après un certain temps, le stade du maintien se transforme en résolution, qui éloigne le risque d'une rechute.

Ce risque reste cependant présent à tous les stades du changement, y compris durant le maintien. La rechute est une étape. Elle ne doit pas faire l'objet d'un jugement définitif sur l'incapacité de la personne à changer, mais être considérée comme le recommencement du processus à un stade plus ou moins éloigné du résultat définitif.

D'ailleurs, le modèle initial de Prochaska et Di Clemente est figuré par un cercle, avec plusieurs entrées et sorties possibles.

En cas de rechute, le thérapeute est invité à aider le patient pour éviter que la culpabilité le freine, afin qu'il puisse regagner un stade antérieur, et recommencer la progression.

Les 6 stades du changement appliqués à l'écologie

Bien des choses séparent un objectif de santé d'un objectif d'écologie, dans la vie. Pour l'écologie, la balance décisionnelle est plus ouverte que pour la santé. La visualisation des bénéfices du changement n'est pas évidente à l'échelle individuelle, ni même à l'échelle collective.

Et pourtant, comme dans une addiction, l'expérimentation du changement est la seule perspective pour identifier ses avantages.

Les bénéfices de l'écologie peuvent être très différents d'une personne à l'autre : alimentation plus saine, économies, moins de stress, moins de dissonance cognitive, moins de culpabilité, plus d'engagement, plus d'espoir...

Il y a donc pas mal de sources de motivation possibles du coté de l'écologie, qui peuvent encourager la progression de son attitude par rapport au changement.

Mais ce qui me parait très intéressant, dans cette approche par stade, c'est de comprendre qu'on n'a pas tous la même attitude vis-à-vis de l'écologie, et qu'il faut adapter sa communication en fonction de la personne qui est en face de soi.

Si je me trouve face à quelqu'un au stade pré-contemplatif, il est inutile de lui parler des écogestes. J'adapte mon discours en parlant de l'impossibilité de poursuivre la croissance économique sans tenir compte des limites écologiques, par exemple.

Devant une personne ambivalente, qui oscille entre l'inquiétude (un début de prise de conscience) et le déni, je parlerai de tous les avantages que l'on a à agir dès aujourd'hui.

Si mon interlocuteur, ou mon interlocutrice, est déjà déterminé.e à changer, je prendrai des exemples concrets de changements que j'ai déjà expérimentés avec succès.

Et si il, ou elle, agit déjà, je me ferai un plaisir d'écouter ses expériences en cours, et de parler des miennes.

En phase de résistance, j'ai en face de moi quelqu'un qui me ressemble, assurément.

Le plus difficile est de gérer la rechute. Que dire ? Et bien, que j'ai maintes fois chuté, moi aussi ! Mais que le plus important est de ne pas quitter l'écologie de vue. Et que ce qu'on ne peut plus faire aujourd'hui, on pourra le refaire demain. Et qu'il y a de nombreuses expériences écologiques possibles à tenter, chacune à son tour.

J'espère que ce petit détour vers la psychologie du changement vous aura donné envie de communiquer avec pertinence en matière d'écologie, et de vous adapter au stade de votre interlocuteur ou de votre interlocutrice.

Si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager en commentaire.

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