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La petite histoire de mon choc climatique

Dans la catégorie « 106 façons d’évoluer avec plaisir », je partage avec vous les réflexions qui ont boosté ma motivation écologique.

Le choc climatique peut mener vers la solastalgie

La plupart des personnes avec qui j'ai eu l'occasion d'échanger parlent de leur prise de conscience écologique comme d'un véritable choc. Et c'est exactement ainsi que je l'ai vécue.

Alors que je me sentais écologique depuis des années, j'ai eu subitement l'impression que je n'avais pas encore bien compris la gravité de la situation.

Laissez-moi vous raconter cette expérience.

Un Festival "Climat" sur le plateau du Vercors

J'ai cette chance inestimable d'habiter dans le Vercors. Un territoire riche d'un patrimoine naturel exceptionnel, et d'une Histoire de Résistance.

Automne 2015 : à l'occasion de la tenue de la COP 21 à Paris, les lycéens de Villard de Lans ont pris l'initiative d'organiser, avec l'aide de leurs profs, un "Festival Climat". J'étais alors amoureuse, insouciante, et sur le point de m'offrir un canapé neuf.

François et moi avions décidé de participer à la Table Ronde, organisée autour du sujet suivant : "Que savons-nous des changements climatiques ?". Personnellement, je pensais être déjà bien informée. Mais les intervenants étaient des chercheurs membres de la COP 21 : Thierry Lebel, climatologue ; et Sandrine Mathy, économiste de l'énergie. Une carte de visite suffisamment brillante pour piquer notre curiosité. François étant physicien, et moi économiste, nous pressentions que ces deux chercheurs-là allaient nous aider à échanger sur le thème du réchauffement climatique.

Nous ne nous doutions pas, à ce moment là, jusqu'où ils nous permettraient d'avancer.

Une soirée riche et instructive

Les lycéens organisateurs ont posé 2 questions à leurs invités :

  1. Nos modes de production et de consommation sont-ils toujours compatibles avec l'urgence de freiner les changements climatiques ?
  2. La COP 21 pourra-t-elle déboucher sur des perspectives optimistes ?

La salle était comble. L'exposé saisissant, à condition de rester concentré sur les chiffres et les courbes. Le débat frustrant, car il ne restait plus assez de temps pour traiter de toutes les questions que les chercheurs avaient suscitées dans nos esprits de non-spécialistes.

Nous avons appris beaucoup de choses, et parmi celles-ci, 5 éléments m'ont paru déterminants :

  1. Le 1er rapport d'évaluation du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) a eu lieu en 1990, et la COP 1 en 1995.
  2. Depuis ces années, les émissions de gaz à effet de serre ont beaucoup augmenté.
  3. Dans les pays riches, les émissions augmentent, et dans les pays pauvres, elles stagnent.
  4. Ce n'est donc pas l'augmentation de la population mondiale qui explique l'augmentation des émissions, mais bien l'accroissement de la richesse.
  5. L'augmentation des émissions n'est pas soutenable sans remettre en cause les équilibres physiques et biologiques de la Terre.

Le dialogue entre l'économiste et le climatologue a été très riche. Mais, entre eux, aucun terrain commun n'a pu être trouvé pour concilier la croissance économique et les limites physiques de la biosphère. Un regard nous a suffit pour nous comprendre : nous sommes, François et moi, formés à deux disciplines difficilement conciliables.

La physique et l'économie, disciplines inconciliables ?

Je reviens à mon canapé.

Au delà du plaisir anticipé de satisfaire mon désir de neuf, de confort, d'intérieur stylé et accueillant, ce projet de canapé m'offrait une occasion de saisir ce qui m'éloignait alors de mon amoureux.

Quand je regarde un canapé, en tant qu'économiste, je vois des salariés dans une usine de canapés, des fournisseurs de matières premières, et des vendeurs. C'est à dire : de l'emploi et de la croissance.

Mais quand François regarde un canapé, en tant que physicien, il voit du bois coupé, des minerais usinés, du coton cultivé. C'est à dire : des matériaux provenant de la Terre, que l'on a transformés en canapé (en physique, rien ne se crée, tout se transforme).

Ce fossé (que dis-je : ce précipice, cette gorge, cette faille, cet océan !) m'a fait prendre conscience du fait que mon point de vue d'économiste n'est pas du tout universel. Pire : j'ai pu comprendre que l'économie peut aller (et elle y va) à l'encontre de l'équilibre de la planète. Tout l'intérêt que je mettais dans le développement économique, le fait de donner du travail aux femmes et aux hommes, ou de sortir des populations entières de la pauvreté (ce ne sont pas de menus avantages), tout cet intérêt s'effondrait, parce qu'il devenait clair que la croissance est la cause des catastrophes écologiques qui se préparent.

Entre le développement économique et l'écologie, il faut donc choisir ?

Revoir mon idée du confort

Si le développement économique permet de sortir de la pauvreté, il mène également sur le chemin de l'excessive richesse. Les inégalités s'invitent ici dans le débat, et c'est là une question économique que les physiciens peuvent entendre.

Il est urgent de déterminer comment le développement économique peut apporter à tous un certain confort, sans dépasser les limites physiques et biologiques de la Terre.

En se posant les bonnes questions. Par exemple :

  • En France, nous mangeons en moyenne 86 Kg de viande par an et par habitant ; en Afrique, c'est 10 Kg par an et habitant. Quelle quantité moyenne de viande serait-il raisonnable de manger sans risquer une surproduction aux conséquences écologiques désastreuses ?
  • En Europe, nous disposons de 570 voitures pour 1000 habitants ; en Amérique Latine, c'est 170. Peut-on imaginer un moyen de réduire le nombre moyen de véhicules personnels à un seuil acceptable, pour diminuer régulièrement et suffisamment la pollution et les émissions carbone ?
  • En France, la surface habitable moyenne par habitant est de 55 m² (en comptant les résidences secondaires et les logements vides) ; en Chine, elle est de 23 m² (les résidences secondaires n'existent pas). Est-il possible d'accepter collectivement que chacun vive dans un espace suffisant, mais moins consommateur d'énergie, de ciment et d'artificialisation des sols ?

Les inégalités des modes de vie témoignent des écarts considérables dans l'empreinte écologique des habitants de la Terre.

Après m'être posée ces questions difficiles, j'ai décidé, en novembre 2015, de me passer de canapé neuf. Autrement dit, de raisonner en qualité d'économiste écologique : supprimer les excès, gérer la durabilité, réduire les déchets. Avec le recul, j'ai été déçue (un tout petit moment), mais pas malheureuse.

Mon canapé écologique

Je ne veux frustrer personne, et si vous avez besoin d'un canapé, faites-vous plaisir.

Le mien est vieux, toujours assez confortable, je le dorlote, et, à l'idée qu'il pourrait aujourd'hui vivre enfoui six pieds sous terre, je fais la moue. Ce canapé a contribué à mon réveil écologique.

Depuis, j'ai progressé dans mon bilan carbone. François et moi nous rejoignons dans l'idée qu'une croissance économique infinie est impossible, mais qu'un certain niveau de développement économique est indispensable.

Et vous, vous souvenez-vous de votre choc climatique...?

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