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COP 21, COP 26, on avance ou pas...?

Dans la catégorie « Quelques sujets à suivre autour du climat », je partage avec vous ma compréhension des enjeux climatiques.

COP 21, COP 26, on avance ou pas ?

Cop 26 oblige, tous les matins, sur France Inter, on nous donne un chiffre qui nous raconte la catastrophe climatique en cours. Au petit déjeuner, à l'aube d'une journée où, comme chaque jour, je penserai à mes propres actions pour le climat, en mobilisant tout mon optimisme, je n'ai pas spécialement envie d'entendre des chiffres alarmistes à l'antenne...

D'autant que j'ai de bonnes raisons de penser que France Inter, comme tous les médias, n'a pas encore trouvé la bonne façon de parler du climat. Car environ 3 minutes plus tôt, la journaliste annonçait la "bonne nouvelle" : c'est reparti pour la croissance ! Yes ! Le Ministre de l'économie se réjouit de la performance française. Et personne ne souligne que la croissance, celle a laquelle on est habitué, du moins, cause un énorme problème pour le climat.

Moi, je ne me réjouis pas. Le défi climatique, dans la plupart des médias, se résume aux mauvaises nouvelles. Pile le contraire de ma façon de le penser. On pourrait très bien, plutôt, mettre en avant tout ce que les uns et les autres, les entreprises comme l’État, et les citoyen.ne.s bien sûr, font de positif pour arriver à notre objectif international commun : +2°. On pourrait animer une sorte de compétition pour le climat, puisque l'esprit compétitif semble aujourd'hui remporter tous les suffrages. On pourrait mettre en avant les informations qui donneraient à chacun.e l'envie de s'y mettre !

C'est pour quand, en fait, la mobilisation générale pour l'avenir de l'humanité ?

Apparemment, il y a du monde qui espère que ce soit pour la COP26, même si peu de gens y croient vraiment. Serait-ce un fiasco annoncé ?

Faisons un petit détour par la COP 21, pour y rechercher les racines de ce pessimisme ambiant.

COP 21 : sous les bravos, l'espoir

En 2015, c'est la COP 21 qui a été à l'origine de mon engagement personnel pour le climat. Nicolas Hulot et Laurent Fabius en avaient fait un enjeu national, mais aussi une véritable ambition internationale : obtenir un accord pour "contenir nettement le réchauffement en dessous de 2°C par rapport à l'époque pré-industrielle, tout en maintenant les efforts pour le limiter à +1.5°C". Ils ont réussi à l'obtenir.

Avec quels moyens ? Chaque état devait déclarer sa feuille de route pour la réduction de ses émissions, une sorte de plan d'actions de base pour chacun. Avant 2015, les scénarios des experts du climat prévoyaient un réchauffement de l'ordre de 6°C d'ici à 2100, si rien n'était entrepris pour le limiter. Après 2015, sur la base des plans de limitation des émissions déclarés par pays, les experts ont refait leurs calculs : +3.7°C. Mieux. Mais insuffisant.

Surtout qu'entre-temps, les états n'ont pas fait tous les efforts qu'ils s'étaient engagés à faire. Et très loin de là.

On sait que les principales émissions de gaz à effet de serre proviennent des énergies fossiles : pétrole, charbon, gaz. Dans la logique de la COP 21, elles devraient se réduire, au profits d'autres énergies, plus propres. Et bien, c'est le contraire qui se produit. Les énergies fossiles continuent de croître. Même si on comptabilise la chute de la production liée à la crise sanitaire.

Ça met comme un doute dans nos esprits.

Bien sûr, les pays en développement ont besoin de consommer davantage d'énergie. Ils investissent beaucoup dans la production d'énergies renouvelables, mais ça ne suffit pas. En principe, les pays développés doivent les aider, car leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique est nettement plus élevée, et il est légitime pour les pays pauvres d'espérer atteindre un niveau de vie acceptable. Et cependant, cette aide n'est pas à la hauteur.

Parallèlement, il serait logique de concevoir que les principaux efforts dans la descente des énergies fossiles soient réalisés dans nos pays développés, et que nous fassions nous aussi des investissements conséquents dans les énergies renouvelables. Et bien, on est loin du compte.

En réalité, l’État, relayé par les médias, continue de raisonner en terme de croissance, sans se soucier de savoir si elle se réalise avec moins d'énergie fossile.

COP 26, copie toujours insuffisante

Si les engagements des pays pour la COP 21 n'étaient pas suffisants, il était prévu qu'ils progressent. Dans les accords signés en 2015, chaque pays doit réviser son plan tous les 5 ans, pour arriver progressivement à définir des objectifs conformes au "contenir nettement le réchauffement en dessous de 2°C par rapport à l'époque pré-industrielle, tout en maintenant les efforts pour le limiter à +1.5°C". C'est un engagement que chacun a signé.

Pour la COP 26, la révision des plans permet d'envisager des progrès par rapport à 2015. Au lieu des +3.5°C de 2015, nous en sommes aujourd'hui, selon le calcul des experts, à + 2.7°C. Mieux, mais toujours insuffisant.

Pour parvenir à respecter ces engagements-ci (qui ne sont encore que des annonces), il faudrait baisser, vite, la production de charbon. Il y a là beaucoup de résistance de la part des pays producteurs (Pologne, Australie, Chine, États-Unis, et même l'Allemagne). Il faudrait baisser, vite, la production de pétrole. Mais nous voulons toujours rouler, et la fin des voitures à énergie fossile n'est pas pour demain ; mais nous voulons toujours voler, comme le montre la reprise (aussi médiatisée que la croissance) de l'aviation française. Et nous voulons toujours acheter des produits chinois, qui arrivent par cargos de l'autre bout du monde.

La COP et moi

Bien sûr, les COP sont des événements déterminants. Seuls les états peuvent agir concrètement, en légiférant, pour contraindre les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est aussi là que l'on peut mesurer leur réelle volonté de réduire la crise climatique. Ce sont leurs engagements que l'Histoire jugera. Je suivrai donc la COP 26 avec un grand intérêt.

Mais le brillant de la croissance, et de la performance, reste dominant dans notre pays, comme dans tous les pays. Plus encore en période électorale. Même si nous sommes là en contradiction avec les engagements pris pour le climat.

Quand j'entends le chiffre de France Inter, ça m'énerve. Quand j'entends que la France a rattrapé son activité d'avant-Covid, ça m'énerve aussi, car je pense qu'on a manqué l'occasion de faire autrement. Quand je pense aux milliards que la France dépense pour sauver une aviation nationale qui reste déficitaire, j'ai envie de me mettre debout sur un tabouret à trois pattes et d'hurler en mimant la danse de Saint Guy. C'est un peu l'idée que je me fais de l'inconscience de mon gouvernement.

Tout ceci est très mauvais pour ma solastalgie.

Je reste donc intimement convaincue que l'action citoyenne est le nerf de la guerre. Que j'ai raison d'agir au quotidien, et d'y mettre tout mon optimisme. Comme disait l'autre, le salut de l'âme est dans l'action. Tous les experts prévoient que nous devrons faire face à une baisse significative de la consommation (notamment d'énergie, mais beaucoup de chose vont avec...) si nous voulons décarboner notre pays. Je cherche à faire partie de ses citoyens qui ont de l'avance sur leurs gouvernements.

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