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Comment les oiseaux disparaissent...

Parmi tous les sujets brûlants de la crise écologique, il y en a un qui m'est terriblement cruel, et dont on parle beaucoup moins que les abeilles (sans doute parce qu'il n'y a aucun intérêt économique en jeu) : la disparition des oiseaux. Un tiers des oiseaux d’Europe a disparu ces 30 dernières années, ce qui fait quand même 450 millions d'oiseaux de moins.

Il paraît qu'au Moyen Âge, le chant des oiseaux était le son principal que nos ancêtres entendaient hors des villes. Ce tableau sonore était alors très musical, et les spécialistes font des rapprochements entre la musique de l'époque et le chant des oiseaux (l'importance des flûtes, notamment).

Aujourd'hui, alors que j'habite en zone rurale, j'ai beau tendre l'oreille quand je me balade sur les chemins : j'entends d'abord des moteurs. Triste, mais pas très étonnant. Et cependant, je n'entends plus beaucoup d'oiseaux. Même au printemps, j'ai le sentiment que leur concert habituel est désormais en sourdine.

L'évocation de la disparition des oiseaux provoque en moi une révolte sourde. Elle nourrit ma solastalgie. C'est pourquoi j'ai cherché des explications.

Rien, dans cette recherche, ne m'a vraiment étonnée. Je vous raconte.

Les oiseaux disparaissent, et nous savons pourquoi

Les ornithologues et autres spécialistes des oiseaux savent parfaitement que les causes de cette hécatombe ne sont pas naturelles. C’est l’homme qui en est, directement ou indirectement, la cause. Ses activités tuent directement certains oiseaux, ou constituent des entraves telles que certaines espèces ne parviennent plus à se reproduire normalement. Citons notamment :

  • Les engrais et pesticides déversés dans les champs, qui tuent les insectes et les vers dont les oiseaux se nourrissent, ou encore les empoisonnent directement.
  • La bétonisation, la déforestation et l'augmentation de la taille des champs, qui détruisent leur habitat.
  • La chasse joue aussi un rôle, mais surtout de la part des chats qui nous tiennent compagnie.
  • La dérégulation des saisons, conséquence du réchauffement climatique, donne du fil à retordre aux oiseaux, pour se reproduire ou pour migrer.
  • Les catastrophes climatiques (tempêtes, inondations, feux de forêt) ont aussi des conséquences dévastatrices sur les populations d'oiseaux.

Les pesticides sont un enfer pour les oiseaux

J’ai envie d’insister sur la façon dont les pesticides rendent les oiseaux malades, en plus de les affamer.

Le terme pesticide (tueurs de parasites), couramment employé, recouvre communément les fongicides (tueurs de champignons), les herbicides (tueurs de plantes), les vermifuges (tueurs de vers parasites) et les insecticides (tueurs d’insectes). Ces produits sont très largement et très régulièrement épandus dans les champs depuis des décennies. En France, les agriculteurs en consomment 66 000 tonnes chaque année. C'est, après l'Espagne, le pays d'Europe le plus consommateur de pesticides, en volume.

Malgré l’opposition citoyenne, et malgré la législation en vigueur (je me souviens du Plan Ecophyto, qui nous promettait en 2008 de réduire l'usage des pesticides de 50% : c'est raté), l'épandage de pesticides est toujours plus intense. Aujourd'hui, les agriculteurs traitent plus souvent, avec des produits plus concentrés qu'auparavant. L'effet est encore plus dévastateur pour les oiseaux. Car les pesticides sont là pour tuer :

  • Les raticides éradiquent les rongeurs des champs, ce qui affame les rapaces.
  • Les vermifuges, utilisés à grande échelle sur les animaux d'élevage, tuent les vers parasites, qui étaient au menu de nombreux oiseaux, aujourd'hui en voie de disparition (bergeronnette, étourneau).
  • Les néonicotinoïdes sont des insecticides puissants responsables du déclin de 3/4 des insectes, et de la mort de faim de nombreux oisillons.

Les oiseaux sont aussi empoisonnés directement quand, d'aventure, ils tombent sur une proie intoxiquée. Pour eux, les pesticides sont rarement fatals. Mais ils les rendent stériles, par exemple, ce qui accentue le déclin. Ou alors, ils réduisent leurs facultés d'orientation, et les oiseaux migrateurs se perdent. Les pesticides peuvent aussi les rendre un peu débiles, chétifs, fragiles, plus sensibles aux maladies. L'affaiblissement des populations se transmet de génération en génération. Si bien que, même lorsque les pesticides incriminés sont interdits, les effets sur les oiseaux perdurent.

Les produits chimiques s'accumulent dans la terre, et continuent à empoisonner les insectes bien après l'interdiction d'une substance particulière. On retrouve des taux significatifs de pesticides dans les fleurs, qui fragilisent encore les insectes butineurs, et les oiseaux qui les mangent.

Les oiseaux disparaissent, et nous savons pourquoi

Comment aider les oiseaux à vivre

Chacun de nous peut contribuer, à son échelle, à protéger les oiseaux.

L’association de référence, c’est la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Ses membres font un travail de spécialiste, et sont des interlocuteurs de référence auprès des pouvoirs publics, des entreprises et des particuliers. Il est donc très utile d’adhérer pour soutenir toutes leurs actions.

Il existe un programme destiné aux agriculteurs. Si vous connaissez des agriculteurs qui sont sensibles à la protection des oiseaux, n’hésitez pas à leur en parler.

Nous pouvons faire de notre jardin une zone refuge pour les oiseaux. Après avoir souscrit à l’opération, l’association nous envoie la marche à suivre et une documentation intéressante.

Pour lutter contre l’épandage non contrôlé des pesticides, des associations très actives font un travail de veille et d'information, et sollicitent les citoyens pour faire aboutir des règlementations plus strictes. Comme Nous voulons des coquelicots, ou encore Générations Futures. Allons lire leurs sites pour en savoir + et sensibiliser notre entourage.

Nous pouvons aussi agir directement et très utilement si nous sommes les propriétaires d'un chat, en lui mettant un collier spécial qui protégera les oiseaux, en particulier lors des périodes de nidification.

Enfin, prendre la décision de manger Bio, le plus souvent possible, est une autre excellente façon de participer à la protection des oiseaux.

Se résoudre à voir disparaître les oiseaux ?

En rédigeant cet article, je me suis aperçue que toutes les causes de la disparition des oiseaux apparaissent plus ou moins comme des fatalités dans nos vies d'occidentaux affairés : nous composons avec les inconvénients des pesticides, notamment, depuis des décennies.

Mais pourrait-on se résoudre à voir disparaître les oiseaux ?

Il me semble qu'un homme, a fortiori une femme, bien informé.e.s en valent deux. Et que nous devrions nous alarmer à l'idée que nos enfants n'entendent plus chanter les oiseaux qu'à la télévision. Nous alarmer, et en parler, mettre le sujet sur la table, tout autour de nous, pour faire de cette catastrophe annoncée un véritable débat de société.

C'est un peu l'espoir que j'ai en écrivant cet article. Dites-moi, vous a-t-il donné envie d'agir ?